mardi, septembre 20, 2016

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En visite chez les sikhs






Comme nous le savons tous, hormis ceux qui ont passé les cinq dernières années terrés dans un tunnel d’autoroute dans l’Ardèche, la question des religions et, plus largement, du rapport entre les religions et l’état de civilisation a pris en France un tour légèrement épineux. Sans vouloir incriminer qui que ce soit, il semblerait que ces regains de polémiques ne soient pas dus, pour une fois, aux fantaisies de nos amis les curés, mais bien à une religion jeune et pleine de dynamisme, récemment implantée sur le territoire national, et pleine de controverses toutes neuves, j’ai nommé : l’islam.
Note de service : les étudiants en sciences religieuses remarqueront dans ce post de blog toutes sortes d’approximations. C’EST FAIT EXPRES. C’est un post de blog, pas une thèse de troisième cycle. SI VOUS AVEZ ENVIE DE PINAILLER, PASSEZ VOTRE CHEMIN.
L’islam, tout neuf et fringuant qu’il est, nous a déjà permis ces trente-cinq dernières années de retrouver ce sens bien français de la pointe et de l’estocade :
-          « Ma foi, mon ami, n’est-ce point un hidjab que tu portes sur la tête ?
-          Du tout, Monsieur, c’est une casquette de baseball.
-          N’importe, mon cher : la République se vit à crâne découvert. »
Et le fait est que l’actualité, récente et moins récente, nous a donné matière à alimenter de nombreux déjeuners familiaux. Les errements de l’islam de France (burkini, créationnisme, mosquées en kit) ont savamment rallumé dans notre pays la flamme de l’évangélisation laïque, que nous croyions éteinte : plus de nuées à dissiper dans le ciel ! plus de femmes émotives évanouies au passage des processions ! Il faut en convenir : sans calotte, la France s’ennuyait un peu. C’est bien une astuce dont nous devons être reconnaissants aux salafs : grâce à eux, nous savons désormais avec certitude ce qu’est l’élégance française.



Pendant que l’islam s’exerce à paraître antipathique, les religions qui ne font pas parler d’elles travaillent, discrètement, leur rôle d’acolytes. Il est notable qu’en France, le ressentiment à l’égard des religions n’est pas si déterminé qu’il veut le faire croire, sans quoi, probablement le vote de droite aurait disparu avec les idoles qui l’ont suscité. La religion qui attire durablement la haine populaire, c’est à vrai dire celle qui se veut hégémonique, qui dicte au commun ce qu’il doit croire et qui il doit vénérer. Celle qui se contente de psalmodier au fond d’un garage paraît, au fond, très pittoresque.
Ce petit axiome que je viens de pondre me paraît efficace, puisqu’on constate :
     - que l’hégémonie musulmane (= tentative d’imposer une visibilité religieuse dans la rue) est l’objet de toutes les fureurs,
-       -   que la méditation bouddhiste (= tentative d’imposer une visibilité religieuse dans les salles de sport) séduit jusqu’aux chefs scouts.
C’est bien le signe de quelque chose.
Nous noterons au passage (et ce n’est pas moins qui le dit, mais Raphaël Liogier, chercheur aixois habitué des plateaux télé) qu’une polarité fascinante s’est établie au passage entre l’islam et le bouddhisme. Pourquoi ces deux-là, ma foi ?
·         Islam : religion (en passe de devenir) majoritaire, hégémonique, mais malgré tout allogène, peuplée de rites barbares, opprime les femmes, style vestimentaire naze ; quand elle fait des convertis, c’est qu’ils sont fous ou djihadistes ;
·         Bouddhisme : religion de convertis, mais sympas (cadres supérieur blanc-he-s), ou bien d’Asiatiques mignons tout plein qui mettent des fleurs fraîches sur un gros Bouddha dans leur fast-food, pas vraiment une religion en fait, plutôt une philosophie/art de vivre, et ça fait un bien fou aux enfants, depuis qu’ils font de la méditation en temps périscolaire ils ne gueulent plus le soir comme des possédés.



Hélas, ce diptyque ne fonctionne pas très bien, mais je laisse Raphaël Liogier vous expliquer pourquoi, car ce n’est pas le cœur de mon propos.


Je voulais en effet vous entretenir, non pas du bouddhisme, qui a déjà fait l’objet d’autres dissertations sur ce blog, mais bien d’une autre religion minoritaire, point du tout en passe de devenir hégémonique : le sikhisme.


Voir Ma vie est comme un prunier, le post sur le bouddhisme

Oh là, mais qu’est-ce donc ! eh oui, le sikhisme, non content d’exister, pour commencer, existe même en France, et je dirais plus : à nos portes, puisque que le principal, et probablement seul, temple sikh de France se trouve à Bobigny, au 14 rue de la Ferme pour les curieux.
Jusqu’à samedi 17, j’avais peu d’a prioris sur le sikhisme, hormis ceux que m’avait légués le visionnage intensif du Patient anglais : sikh = bel homme élégant à la longue crinière.
Comme tout un chacun, je savais aussi que le port du poignard chez les sikhs anglais faisait l’objet de toutes sortes de controverses, car il n’est pas tout à fait possible de laisser entrer un ado sikh dans une salle de classe avec un sabre de quatre mètres, on ne sait que trop ce qu’il en ferait. De même, il ne paraît pas très pertinent de laisser un sikh, si coquet soit-il, embarquer dans un vol pour New York avec son poignard à la ceinture. Les compagnies aériennes s’exposeraient à un risque majeur : celui d’assister à une révolte des dames, qui ont vu leurs crèmes hors de prix flanquées violemment à la poubelle par un gardien malveillant à l’entrée de la zone d’embarquement. Alors si on me balance mon shampooing Klorane sous prétexte que je pourrais faire sauter mon siège en secouant le flacon, je ne vois pas pourquoi le premier sikh venu aurait le droit, sous prétexte qu’il est sikh, de se balader avec des objets tranchants dans son turban. Osons dire les choses.



La visite du temple sikh de Bobigny, dans le cadre des journées du Patrimoine, m’a permis, non pas de dissiper ces malheureux stéréotypes portant sur l’homme sikh, mais au contraire de les confirmer de façon définitive. L’homme sikh est coquet et bien portant, et il porte des mini-poignards partout, y compris dans son caleçon, pour tromper les foules. Imaginons qu’on lui confisque son poignard d’apparat en montant dans le vol Easyjet : aucun problème ! Il a toujours le second dans ses chausses.
Sur quoi donc repose la spiritualité sikhe ? Tel était le sujet de l’exposé auquel nous ont soumis les sikhs d’accueil du temple de Bobigny. J’en ai saisi l’essentiel, mais pas le détail de la biographie des gourous, car au bout de deux heures trente j’étais trop occupée à combattre la faim en ramassant des miettes de pain à même le sol pour bien saisir les valeurs ajoutées respectives de Guru Nanak et Guru Hojbind. Mais le fait est que le sikhisme, né au Pendjab au XVe siècle, s’est conçu dès le départ comme une religion d’égalité, de respect de l’individu, promouvant le respect de la femme, des institutions politiques, de la laïci…. EH LES MECS, VOUS NE SERIEZ PAS EN TROP DE NOUS FAIRE UN TOPO REPUBLICANO-COMPATIBLE JUSTE POUR LES JOURNEES DU PATRIMOINE ? On vous voit venir !



N’importe : Hubert (appelons-le ainsi), notre sikh de service, tente de faire défiler son PowerPoint pour nous expliquer les splendeurs du Mool Mantr, le principe premier des sikhs, qui ressemble furieusement au Dieu de la Bible. Pas si surprenant : les sikhs n’ont pas tout inventé (je rappelle que le sikhisme est né au XVe. Je l’ai écrit plus tôt, mais comme entretemps je me suis mise à hurler, il est possible que l’information se soit perdue.)
Pour comprendre d’où sort le Mool Mantr, je débusque, sous mon lit, l’Atlas des religions que j’ai acheté en soldes chez Gibert il y a six mois. Impossible de trouver la page « Sikhisme » : d’après l’index, je dois me reporter à « Syncrétismes ». Voilà qui est bien réducteur. À la page « Syncrétismes », et d’après le graphique afférent, le sikhisme, c’est d’abord de l’hindouisme, avec une dose d’islam.
Donc, si je résume :
·     -   hindouisme : plein de dieux verts et bleus, mais dominés par un principe premier, le Brahman,
·             -     islam : monothéisme bien appuyé.
Si cette explication a le mérite de la clarté, il me semble tout de même qu’elle ôte au sikhisme son caractère propre.


Ce schéma est très clair.

Mais Hubert ne nie pas du tout la continuité entre hindouisme et sikhisme : bien au contraire, le sikhisme (qui selon lui n’a rien à voir avec l’islam, mais je crois qu’en 2016 il vaut mieux, dans tous les cas, n’avoir rien à voir avec l’islam) a réformé l’hindouisme. Je tends l’oreille : l’hindouisme du XVe siècle s’était certainement éloigné de ses fondements, ses leaders étaient corrompus, il fallait retourner à la source pure etc etc.
Du tout : « L’hindouisme était fondé sur l’inégalité. Vous connaissez le système des castes : les intouchables n’avaient pas même le droit de circuler dans les villes à certaines heures de la journée, car leur ombre portée aurait pu souiller le sol. Le sikhisme s’est opposé à cet état de fait et a restauré l’égalité entre toutes les classes sociales. Attention, je ne dis pas qu’il les a nivelées ! Il a fait s’asseoir riches et pauvres côte à côte, car tous sont égaux devant le Mool Mantr. »
Bon, de toute évidence, Hubert pense que nous roulons pour les Renseignements généraux.
J’ai oublié de préciser que Hubert est un vrai sikh pendjabi, le seul d’ailleurs de l’assistance, puisque les autres originaires, comme on dit, sont cantonnés à l’extérieur. Hubert, qui tente de rendre intelligible une pensée qui l’est assez peu, a du fil à retordre, non pas avec l’assistance, mais avec les sikhs convertis venus en force le challenger sur tous les points de doctrine : nommons-les Michel, Yves-Marie et Kévin. Kévin, comme son nom l’indique, a 22 ans. Jusqu’à l’année dernière, sa vie était un chaos atroce : bac ES, licence de sciences de gestion, drogues dures. Il a probablement fait le marlou à Saint-Leu-la-Forêt jusqu’à rencontrer le Mool Mantr. Depuis, sa vie coule sereine sous le turban.



Hubert, vrai sikh doré sur tranche, a quelques difficultés avec la langue française et n’a pas tout à fait le charisme de Michel, vieux routard tatoué jusqu’à l’os. Chaque de ces déclarations opaques (« Le Mool Mantr est sans haine car sans peur ») est instantanément interrompue par Michel, qui l’éjecte sans ménagement, ou par Kévin, qui sautille sur son siège pour prendre la parole. Hubert en devient quasiment dingue. Se faire voler sa religion par ces trois loustics est déjà assez compliqué, mais se faire couper la parole toutes les trois secondes, ça frôle l’incident diplomatique.
Il faut dire que les Bobignais présents vont parfois chercher la petite bête. Marion, étudiante de 23 ans effondrée sur son siège, s’emporte violemment : « Et vous n’avez pas l’impression que porter un turban, un poignard et un caleçon, tout ça c’est rien que pour l’apparence ? Vous ne feriez pas mieux de vous concentrer sur les bonnes actions ? »



Hubert blêmit face à sa contradictrice, mais Michel, familier de la joute, comprend l’enjeu : turban = foulard islamique, poignard = détournement d’un avion sur les Twin Towers. Sachons déjouer l’attaque avec souplesse.
« Mademoiselle, vous avez touché un point primordial : les cinq K (= cinq accessoires que tout sikh engagé sur le chemin de la chevalerie spirituelle se doit d’avoir en permanence sur soi) n’ont pas de valeur en eux-mêmes. Porter un peigne sur l’occiput n’a jamais rendu quelqu’un meilleur. Mais ils représentent une discipline que l’individu s’impose à lui-même, et qui est le reflet de la discipline spirituelle qu’il s’impose à toute heure de sa vie. Comment prétendre prendre soin de sa foi et des autres quand on n’est même pas capable de prendre soin d’un caleçon ? »
Ces propos me paraissent frappés au coin du bon sens, mais Marion ne partage de toute évidence pas cet avis. Elle renifle rageusement. Michel ne lâche pas l’affaire :
« Mademoiselle, quand vous sortez de chez vous le matin, vous prenez toujours soin d’être bien coiffée et bien maquillée ? »
Michel ne l’a manifestement pas regardée, pris par son exposé comme il l’est, car Marion est hirsute, habillée en survêt et essuie ses baskets sur le siège de devant. De plus, Marion est accompagnée par sa mère, qui lui jette instantanément un regard d’admonestation : pas de maquillage au programme.
Marion ricane : « Ah non, moi jamais. Je m’habille normalement, je veux dire, correct. Mais je ne fais pas spécialement gaffe. »



L’astuce rhétorique de Michel est un peu tombée à l’eau. Il embraye donc sur une meilleure technique : éliminer purement et simplement Marion du débat.
« Eh bien nous, les sikhs, nous sommes très attentifs à être correctement vêtus. Cela fait partie de notre éthique : prendre soin de nos cheveux, de notre corps, porter le turban et le poignard, qui sont des marques extérieures de notre soumission à Dieu (Michel traduit, parce qu’au bout d’un moment ça fatigue), cela nous encourage dans notre voie spirituelle. »
J’acquiesce complètement et garde l’argument sous le coude pour le prochain débat que j’aurai sur le thème du maquillage comme marque de soumission de la femme.
En attendant, ces arguties ne me nourrissent pas et je sens que je vais trépasser d’inanition sans avoir assisté à l’apparition du Mool Mantr. Je m’éclipse donc avec mes compagnes. Un magnifique sikh originaire, équipé d’un turban vert, se précipite à notre suite. Il est tout dépité : je l’assure de notre intérêt et lui demande où est le repas végétarien promis initialement pour 13h30.
Il faut savoir que le partage de la nourriture, exclusivement végétarienne, est un élément à part entière du culte sikh. C’est bien beau de dire qu’on abolit les différences sociales, mais si chacun mange de son côté avant le culte, les uns au Flunch et les autres à la cantine de Bercy, ça ne nous avance pas à grand-chose. Les sikhs résolvent le problème en mangeant collectivement dans une cantine qui se trouve sous la salle de prière : le langar. Et comme il ne faut pas manger son prochain, c’est-à-dire le bœuf ou l’okapi dans lequel on risque de se réincarner à cause de ses méfaits, on mange des patates à l’oignon, ce qui est le mets le plus proche de l’enchantement pour un estomac en furie comme le mien.


Ne mangez pas ça!

Assis en ligne sur un tapis, nous dégustons donc le plat unique, coude à coude avec les sikhs. L’occasion de rencontrer Mireille, 26 ans, venue avec son mari et ses deux enfants. Mireille porte le turban : ah bon, les femmes aussi ? Tout à fait, puisque Mireille est engagée elle aussi sur le chemin étroit de la chevalerie spirituelle. Il me semble que si les femmes musulmanes défendaient le port du hidjab en expliquant que c’était une marque d’appartenance à la chevalerie spirituelle plutôt qu’un signe de modestie, elles s’épargneraient bien des considérations oiseuses. Mais cela imposerait aux hommes musulmans de porter aussi le hidjab, et je crois que l’impact négatif de cette pratique en termes de style vestimentaire global serait bien supérieur à ses bénéfices médiatiques.



Rassasiée, convaincue par les dissertations de Michel sur la nourriture végétarienne (qui suffit bien à notre équilibre alimentaire), moins par celles d’Yves-Marie sur les cheveux « qu’il ne faut pas couper, car le cerveau est connecté directement à la pointe des cheveux, ce qui améliore considérablement ses performances sensorielles », j’entame un mouvement de repli. Dans la salle de conférences, Marion est toujours roulée en boule sur sa chaise, pas convaincue mais fascinée : qui sait si elle n’adoptera pas bientôt le poignard sur son survêt ?





mercredi, juin 15, 2016

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Petit guide de promenades dans Paris assiégé



En ce moment, difficile de s’y retrouver dans le flot des distractions que nous offre la capitale : l’Euro ? la crue ? les manifs ? Vous venez d’arriver, vous êtes un peu perdus, c’est normal : le Chat et Marguerite est là pour vous aider à trouver vos marques dans une ville qui n’a pas fini de nous surprendre.

Jour 1 : Aller à la rencontre du fleuve nourricier

Les Parisiens l’oublient trop souvent, ils sont fils du fleuve. Pourtant, il faut bien l’avouer, ils sont peu nombreux à tenter l’excursion sur les quais de Seine. Heureusement, la crue de 2016 est venue mettre un peu d’animation dans tout ça. Soyez pionniers et laissez-vous embarquer !



Les plus de la visite :
-     -     faites un selfie devant le panneau de travaux du pont Notre-Dame, comme 872 000 personnes avant vous ;
-         -             participez à la reconquête d’un quartier trop injustement délaissé ;
-         -            gagnez une heure de natation dans le square Henri IV.
En bonus :
-          peut-être une fabuleuse rencontre avec la noyée de la Seine, égérie des surréalistes !


Attention, un symbole Illumati est caché dans cette image.

Jour 2 : Avoir les chocottes place de la Nation

Le monde entier l’a compris, le cœur de l’art de vivre parisien, c’est la Kro en terrasse.  Non, pas le rooftop de ce type super qui vous promet des soirées dans son loft à Aubervilliers. 



Des terrasses parisiennes.

La terrasse, avons-nous découvert, est un lieu de résistance et de subversion. Les nuisances y sont en effet nombreuses, et malgré la ténacité des Parisiens, il est parfois difficile d’alimenter une controverse entre :


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et



Toutefois, vous poser vous aussi en terrasse vous permettra d’expérimenter des sensations inouïes. Pour cela, rien de bien compliqué : il suffit de :
-          relire la plaquette de prévention gouvernementale sur les attentats ;



-          prêter attention aux détails significatifs ;


-          observer son environnement ;


-          avoir les foies.

Les plus de la visite :
-          se prendre en selfie l’air horrifié quand une Clio noire s’arrêtera à votre hauteur pour attendre le feu, ça vous permettra de ressembler à toutes ces pubs très naturelles où les gens voyagent en famille dans des parcs d’attraction.


Sympa et discret, cette fonctionnalité incrustation

Jour 3 : Passer une soirée feu de bois à côté d’une bagnole qui brûle

L’écotourisme, c’est sympathique, mais ce n’est pas à la portée de toutes les bourses ! Tout le monde ne peut pas s’offrir un lodge dans le marais poitevin ou une ballade en touk-touk sur le plateau de Saclay. Il est vrai pourtant qu’au milieu d’un séjour en ville, on se prend parfois à rêver des camps scouts de notre enfance et des feux de bois où nous chantions le truc avec le vent dans les hauts sapins et l’histoire de la fille qui va apparaître dans le miroir si tu prononces trois fois une parole cabalistique. Fort heureusement, la mairie a pensé à tout : plus besoin de s’exiler ou de faire un stage dans un incinérateur pour retrouver les bonnes vieilles sensations d’antan, il suffit de compter sur le bon vouloir des antifas !


Colonie de vacances en Dordogne

Les plus de la visite :
-          en postant le flux d’images sur Periscope, vous pourrez faire croire que vous avez assisté à des cérémonies funéraires cheloues sur les bords du Gange ;
-          vous contribuerez à promouvoir l’image du vélo comme moyen de transport urbain safe.

Jour 4 : Jeter des parpaings sur une foule en délire

Parfois, la vie est trop tendre : les masses de chats et de pandas du Web sont là pour nous le rappeler. Dans ces moments-là, il faut retrouver un peu de substance et aller péter des gueules. Paris peut vous satisfaire !


Dessin: Marsault

Comment s’y prendre ?
Faites mine d’aller prendre un grog à la Coupole comme un Américain friqué. Prenez un parpaing. Jetez-le sur la coupole.

Les plus de la visite :
-          ça fera un gros bruit, c’est drôle ;
-          vous serez douché gratuitement, ce qui bouclera la boucle avec la jour 1 ;
-          tout le monde jette des parpaings, alors pourquoi pas vous ? N’hésitez plus !

Au terme de votre visite, la ville de Paris, s’il en reste quelque chose, sera ravie de vous recevoir à nouveau !


Tu veux voir ma grosse Tour Eiffel ?

lundi, mars 07, 2016

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« Ma vie est comme un prunier »



Qui n’a jamais perdu son temps à entrer des recherches ineptes dans Google ? La première d’entre elles étant, évidemment, de googler son propre nom dans le vague espoir de découvrir qu’on est devenu une star à son insu ou que des inconnus se répandent en louanges sur notre compte dans des forums.
Comme ça débouche rarement sur quoi que ce soit, on entre aussi des associations de mots fantaisistes, du type « coloc pas chère Paris » ou « réparer bug PC vite ». Ou bien, dans un accès de mélancolie à 3h du matin, on confie au moteur de recherche ses petits doutes existentiels :
« tristesse pourquoi ? »
« boulot cool recherche »
« combien de semaines congés payés nouvelle-zélande »
« encombrants mairie de paris »
C’est ainsi qu’on peut se lancer, dans Google Images, dans l’aventure fascinante des mots-clefs « zen au travail ». Comme vous l’imaginez, le résultat est complètement con. Il n’y a même pas besoin d’aller regarder : l’image qui sort en premier est celle-ci.



Comme si, très naturellement, l’idée de la zénitude au travail devait convoquer immédiatement celle d’une working girl hystérique tentant maladroitement de camoufler son envie de mourir en prenant des pauses shivaïtes.  D’ailleurs, aucune banque de photos ne se hasarde à représenter un DAF mâle dans une telle position. Ils ne font peut-être pas de yoga sur leur lieu de travail. Ou alors ils ne sont pas confrontés au stress. Enfin, en tout cas, la problématique du zen au boulot a l’air d’être essentiellement féminine.
Si l’on résume, le problème du cadre moyen en France est donc bien de devoir se démultiplier en permanence, pour répondre à Jeanine, à ses mails, à la déléguée syndicale qui gueule parce qu’on supprime la subvention du RIE, au client qui veut faire un call dans 35 minutes etc. Et tout ceci crée de la souffrance, parce que, comme tout être humain qui se respecte, le cadre veut affronter chaque tâche séparément et avec sérénité.



Nous retrouvons ce beau principe dans le dessin d’illustration suivant, qui reprend l’idée selon laquelle la recherche du zen concerne une certaine catégorie d’individus, à savoir les femmes, et en leur sein, uniquement les femmes trentenaires sur-diplômées free-lances/cadres autonomes à 80%, qui élèvent leur enfant dans un loft parquet bois naturel de 130 m². (Et qui travaillent par terre, ce qui fait que leurs problèmes de stress vont rapidement être remplacés par des problèmes de dos.)
Comme on le voit, cette dame parvient à jongler entre ses diverses obligations sociales (être une femme/être une mère/être successful/être soi-même) grâce à ses capacités de concentration et à ses coussins.
Enfin, le zen au travail, toujours selon Google Images, ce n’est pas de promouvoir sa petite gueule en évitant d’être stressé, c’est aussi partager des moments sympas et conviviaux avec ses collègues, par exemple en faisant de la méditation assis sur des tables, parce que le département Evénements a piqué les coussins de relaxation pour le client hong-kongais qui venait acheter des Airbus.



Tout ceci donne bien envie d’aller travailler, mais, hélas, n’a pas grand-chose à voir avec le zen. D’ailleurs, il est à craindre que le zen n’a pas grand-chose à voir avec le zen, c’est-à-dire que les moines bouddhistes qui pratiquent la chose à longueur de journée ne se reconnaîtraient pas dans l’image d’illustration de la dame qui jongle son ordi, ses Louboutin et ses cailloux décoratifs.
Sur Arte, le grand prêtre Miyazaki remet les pendules à l’heure. Gaillard à 104 ans, notre ami dirige le monastère de Eiheiji, au Japon et sa conception de la vie zen ne consiste pas précisément à « prendre du temps pour lui » ou à « lâcher prise ». C’est même plutôt le contraire. 



Levé à 3 h 30, Miyazaki trottine jusqu’à la salle de méditation où il réveille à coup de carillon tous les petits jeunes venus en stage au monastère. Il se plonge instantanément en méditation, pendant que les apprentis, encore mal réveillés, sont bourrés de coups de bambous par des cerbères. L’après-midi, le grand-prêtre Miyazaki, loin de filer à sa séance de sauna-cérémonie du thé, recopie pour la 8 000e fois le sutra du cœur, que son assistant s’empressera de serrer dans un coffret spécial entre des feuilles de riz.



Le journaliste a fait appel à un écrivain japonais pour interroger Miyazaki sur sa vision de la vie. « Qu’est-ce donc que le zen ? » lui demande-t-il. « C’est bien ranger ses chaussons. »
Il faut comprendre aussi que passé un certain âge, ce genre de considérations peut prendre une importance insoupçonnée. Mais pas seulement : « Nul ne peut avoir l’esprit ordonné si son environnement n’est pas ordonné. »


Noter les chaussons bien rangés.

Suivent trois minutes d’images de jeunes prêtres récurant les vitres ou polissant des casseroles. Miyazaki en voix off : « Le moindre geste peut être pénétré par le zen, devenir du zen. Ce que vous mangez devient zen. »
Petite précision utile : les cuisines du monastère d’Eiheiji ne servent pas précisément les festins de Sardanapale, donc le zen va surtout pénétrer une petite salade d’algues sans sel. Pas grave : tout est dans le regard.
Revenons sur cette histoire de chaussons, tout de même. « Le zen, c’est d’être droit. Tête droite, cœur droit. C’est en étant droit que l’homme s’éduque et échappe aux désirs. »
Mais alors, la fille aux Louboutin s’est complètement trompée de cible ! Les chaussures, l’ordi, la cuisine équipée, tout cela l’éloigne du sens de la vie, qui n’est pas elle, ou son plaisir, mais donc, on l’a compris, l’effacement de soi.
Très logiquement, les cadres qui méditent sur le bureau de la salle Neptune sont aussi un peu à côté de la plaque, puisque le travail, de toute évidence, les éloignent de ce même objectif.


Internet + relations de travail = drame


Pour terminer, Miyazaki se confie sur la place qu’occupe la nature dans sa vie. Les randos, les balades à cheval, la plongée sous-marine ? Que nenni. « La nature est parfaite parce qu’elle ne fait rien pour être rétribuée. Elle pousse, elle germe, elle se reproduit, et elle part quand elle doit partir. Elle ne cherche pas à être belle pour quelqu’un d’autre. Nous devons être comme elle. » (Aïe, les Louboutin) D’ailleurs, le jour de ses 104 ans, le grand prêtre Miyazaki a récité un poème de style chinois où il comparait sa vie à un prunier.

Et puis il l’a calligraphié 458 fois.


samedi, février 27, 2016

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8 motifs urgents d’abolir le travail plutôt que de le réformer




Février 2016 : étape supplémentaire dans la fascisation de notre pays, Myriam El Khomri réforme le Code du Travail. Bon, soyons clairs : je n’ai pas lu le projet et ça n’est pas à l’orée du départ en week-end que je vais le faire, donc oublions ça. Ce n’est pas ici que nous aborderons les points essentiels de l’actu : la Ministre fantasme-t-elle secrètement sur Pierre Gattaz ? a-t-elle eu une activité professionnelle, un Bafa, une bonne note à son stage de troisième, avant d’intégrer son poste ? Je ne sais pas, il y a toutes sortes de gens plus informés sur la Toile.



De toute façon, réformé ou pas, encadré ou pas, le travail, c’est tout naze. La preuve en huit points qui emporteraient l’adhésion du plus vicelard des DRH :

1/ Le travail est une activité intéressée, je dirais même l’activité la plus intéressée qui soit.
En toute franchise, passer huit heures à gratter en marge des copies de la 5eB ou remplir des bulletins de paye sous Windows 7 n’a jamais excité la créativité de personne. L’objectif reste le même : assurer sa subsistance. Or ma maman me l’a toujours dit : les gens qui nous fréquentent par intérêt n’ont aucun intérêt. Le travail, ok, mais gratuit.

2/ On nous a menti des années sur ce que nous allions réellement faire au travail.
C’est la grande source de souffrance de toute personne ayant validé son bac avec plus de 12,2 de moyenne : la société ne nous mérite pas ! Poulette, 21 ans, nous le confirme : elle a fait un burn out en révisant ses partiels, parce que la fac ne la méritait pas. 

J'ai fait un burn out, je pars en Thaïlande : encore un article fascinant du Nouvel Obs

Et que dire des millions de jeunes gens qui pensaient exercer des jobs créatifs et passent des années stériles à remplir des feuillets Excel ? Génération sacrifiée !



3/ L’utilité sociale d’un job est inversement proportionnelle à sa rémunération.
J’en excepterais l’enseignement, puisque j’ai été payée cinq ans 2 500€ par mois pour faire de la garderie et alimenter des conversations de 22 mots, ce qui était frustrant mais somme toute légèrement surévalué. Le reste du temps, le spécialiste de l’habitat durable paye ses nouilles avec son SMIC pendant que des gens s’enrichissent à nous vendre de grosses voitures. #minutedegauche

4/ Il faut regarder la réalité en face : il n’y a pas de travail pour tout le monde.
Dans l’hypothèse même où on aurait envie de travailler, il n’y a pas forcément de place où caser notre enthousiasme. Plus exactement, les postes abondent précisément dans les domaines où nous n’avons acquis aucune compétence, tandis que les facs de lettres et de socio débouchent sur une sorte de vague néant bétonné ressemblant à la cour du collège Princesse-de-Clèves.
Ceci dit, j’ai appris que les ex profs de lettres qui candidataient dans ma nouvelle entreprise étaient généralement recalés pour cause de « mauvaise maîtrise de la langue française », ce qui semble indiquer qu’il reste un Eldorado pour ceux qui ont pris l’initiative de lire quelques bouquins.


Moi aussi, je veux ce poste de chargé de clientèle chez Bouyyyyyyyygues!

5/ Le travail, ça passe encore, mais la pause déj’, c’est non.
Au bout de cinq ans, vous avez pris vos marques, vous vous repérez dans les couloirs, vous avez compris les petites astuces, et vous commencez à comprendre que votre job va vous gonfler les 38 prochaines années de votre vie. Mais ce n’est rien à côté du supplice quotidien à endurer : le repas partagé avec Mireille.
« - Le manager de Léa/le boss/le proviseur/le général, quel taré… De toute façon il n’en fout pas une, on ne le voit jamais en réunion/en salle des profs/sur le champ de bataille ! Il est toujours planqué dans son bureau ! »
Heureux homme.

6/ Travailler, pourquoi pas, mais de préférence pas dans la ZAC de la Reine Blanche à Rosny-sous-Bois
Je n’ai rien contre cette charmante localité, et je comprends tout à fait les motifs électoralistes à courte vue qui poussent les maires à multiplier les ZAC, ces sombres damiers de ciment qui défigurent nos campagnes. Parfois, le maire a vu trop grand et la ZAC est vide, parce qu’aucune entreprise digne de ce nom n’a envie d’implanter ses locaux entre une bretelle d’autoroute et un champ de betterave battu par le mistral. Parfois, malheureusement, des gens s’y rendent tous les jours pour peiner sur leur ordi ou pour dépaqueter des presse-agrumes, et je ne peux m’empêcher de penser qu’une vie entière passée à naviguer entre des parkings poids lourds et un hangar en tôle est un peu longue à tirer.


Bienvenue en France

7/ Les métiers sociaux, c’est surtout des débiles qui te harcèlent.
On pourrait penser que le public du métier social (jeune, malade, retraité, personne quelconque en demande d’insertion etc) est un peu sensible au dévouement de l’employé qui le reçoit. Que dalle : il va surtout défouler sa bile sur lui. Au lieu de s’exalter sur la République qui traite équitablement ses citoyens ou qui du moins tente de le faire (allez donc faire un tour aux Etats-Unis et vous comprendrez que les banlieues françaises regorgent d’équipements socio-culturels), le public te gonfle et tente de faire disparaître en toi la moindre étincelle de vertu ou de compassion. Somme toute, il te rend peut-être service, parce qu’il y a plein de métiers pas sociaux où on s’épanouit davantage.

8/ Le temps de loisir crée de la richesse et c’est prouvé.
Il faut le dire : coincé au boulot entre Mireille et le manager, que peut-on dépenser ? en quoi contribue-t-on à faire vivre le commerçant local ? On ne contribue pas. En ayant du temps libre, on a toute latitude d’arroser le disquaire, le libraire, le bistrotier, le loueur de Vélib’, le ciné, le fromager et j’en passe. Les retraités sont les leviers les plus efficaces de notre économie.


Activité rémunérée et bon temps ne sont pas toujours liés: souvenez-vous! 


En application de ces quelques principes de bon sens, je souhaite à tous un joyeux week-end. 

Marguerite au chat

Marguerite au chat
Matisse, 1910

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LE CHAT A LU:

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DES LIVRES

  • François de Singly, L'individualisme est un humanisme, 2011
  • Ihsan Oktay Anar, Le Traité de mécanique, 1993
  • François Pétrarque, Mon Secret, 1351
  • Emmanuel Carrère, Limonov, 2011
  • Gabriele D'Annunzio, Forse che sì forse che no, 1909
  • Théophile Gautier, Arria Marcella, 1852
  • Nina Babarkina, Contes populaires russes
  • Corneille, Médée, 1635
  • Boccace, Le Décaméron, 1353
  • Ovide, L'art d'aimer, 1 (oui, c'est une année, 1)
  • Ernestine et Franck Gilbreth, Treize à la douzaine, 1948
  • Philippe Ariès et Georges Duby, Histoire de la vie privée, 1981

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