vendredi, septembre 19, 2014

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Scène de rue




Parfois je vais à Paris et c’est bien sympathique. Les terrasses, les bars à sushi, les pubs Gleeden, tout ça. Ca palpite, ça va et vient, on ne s’ennuie pas un instant ; pas comme à Moscou : l’air est tellement pollué qu’il faut se rapatrier au bout d’une heure, on en crache ses blinis. Bref, j’aime bien aller à Paris me promener un peu quand l’occasion se présente, pour voir les copines, siroter un crème, feuilleter A Nous Paris ou Le Bonbon qui sont tout de même des publications de qualité.

Mais il faut aussi savoir se préserver un peu, parce qu’à Paris on ne sait jamais ce qui peut nous tomber sur le quoi du museau quand on se promène dans la rue.

A Moscou, quand je vais faire un tour, je rencontre parfois des petits vieux. Ils ont toujours l’air un peu menaçant, comme ça, ce sont des petits vieux après tout, on ne leur confierait pas sa trottinette. Mais ça se finit toujours bien. Ils n’ont que des intentions louables. Par exemple ils me demandent où j’ai trouvé ma baguette. (De pain) (Je précise parce qu’avec la photo du chat on pourrait croire que c’est une baguette d’un autre type) Je n’ai aucune réticence à leur dire où j’ai trouvé ma baguette. Je ne fais pas de mystères sur ce genre de choses, et il faut bien faire vivre le commerce local, sinon ils vont aller au Carrefour market en voiture tout terrain et contribuer encore à la pollution de l’air (on sait bien d’où ça vient).

Parfois aussi ils me demandent d’où partent les lignes de bus urbaines, ou bien comment aller à pied au Kremlin.

Des choses tout à fait inoffensives.

En fait je les aime bien les petits vieux de Moscou, malgré leur air rébarbatif et les pochons de vinasse qu’ils promènent sur eux jour et nuit.

Mais à Paris c’est une autre affaire. Déjà le petit vieux sort rarement de chez lui, parce qu’il passerait illico sous les rues d’un bus au Diesel ou d’un mégascooter. La prudence lui impose donc de rester chez lui, claquemuré devant TF1. Et je peux vous dire que ce n’est pas toujours amusant.

Le résultat, c’est tout de même que le petit vieux cède la place à d’autres spécimens, qui s’épanouissent particulièrement passées 19h30. Ils ont pour habitude d’investir les terrasses de café, non pas parce qu’ils fument et qu’ils souhaitent éviter l’amende ou d’importuner leur voisin qui lit Ricoeur dans l’arrière-salle.
Non non.

Ils se mettent en terrasse pour MATER LA GRELUCHE.

Le problème, c’est que la greluche, c’est potentiellement moi. Et potentiellement je suis en retard, et peu attentive à la composition des terrasses qui longent l’avenue à gauche et à droite. Il est donc possible que je sorte du métro l’air hagard, car je devrais me trouver, depuis dix-sept minutes, dans une salle de
spectacle arty du 19e et que je n’ai pas la moindre fichue idée de l’endroit où elle peut se trouver. Si par hasard je passe devant la terrasse aux relous, il peut en émaner des fulgurances de ce type :

« Ouais c’est le métro que tu cherches ? » (Ben non, j’en sors, demeuré.)


« Mais non, c’est NOUS qu’elle cherche ! » En prononçant le NOUS, le relou considéré prendra généralement un air coquin, censé lever l’ambiguïté portant peut-être, pour ses camarades, sur la partie du NOUS qu’il souhaite mettre en contact avec ma personne.

En général, je ne m’aventure guère dans ce genre d’échanges, surtout qu’entretemps j’ai pris une minute de retard supplémentaire et que Jeannot est en train de péter une durite au téléphone pour savoir s’il doit remettre ma place à l’ouvreur.

Mais tout de même, ce serait bien agréable de répondre sur le même ton.

« Ben ouais je te cherche, il paraît que tu veux un coup de pied au cul ! » ou bien « Moi non, mais y a un gros type là-bas avec une matraque qui avait l’air de vouloir te parler. »

Assurément ce serait bien plaisant.

Mais il semblerait qu’en manifestant ce désir, je rejoigne la masse obtuse des féministes qui n’admettent pas la complexité du désir masculin et qui, par-dessus le marché, stigmatisent certaines catégories de population parce que tout simplement elles aiment plus que d’autres traîner à la terrasse des café.
.
Soyons bien d’accord : je n’ai rien contre les terrasses des cafés, qui sont des endroits tout à fait nécessaires au maintien du lien social et à l’animation des rues parisiennes, qui sans ça seraient des endroits bien moches.

Mais la prochaine fois qu’un relou se met la main aux parties en me hurlant : « C’est moi que tu cherches ? », je lui fous ma main dans la tronche un point c’est tout.

Et peu importe si c’est féministe.



Zut

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