samedi, décembre 20, 2014

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Esprit de Noël



Ça y est, ils nous ont encore fait le coup. Tous les ans c’est la même chose. On oublie, on croit qu’ils vont passer à autre chose, et non, une fois de plus, on nous l’inflige. Noël. Ce marronnier de la torture psychologique.
Noël quand on est gamin, c’est tolérable. Ça n’est pas l’excitation totale non plus (rien à voir avec le 30 juin et ses délices d’anticipation), mais comme il faut bien faire plaisir aux parents, on fait un effort, ils n’ont beaucoup d’occasions de se divertir, les pauvres. Et puis on peut faire les malins avec le catalogue Carrefour et commander des jouets hideux pour le plaisir de sentir qu’on commande.
Mais à l’approche de la trentaine, bizarrement, d’autres urgences se substituent à la dînette en plastique et au kit de joaillier amateur.
Je n’ai rien contre Noël, rien du tout ; je trouve même assez sympa que le Sauveur revienne dans nos vies pour tenter, une fois de plus, de nous arracher au Mal. Il a de l’espoir, depuis le temps qu’il essaye. Mais je ne vois pas du tout le rapport entre la Nativité du Christ et la déco d’étalage mise en place par mon boulanger. Lui-même, d’ailleurs, n’a pas l’air d’y voir très clair.
« Vous reprendrez bien du pain de Noël ? »
« C’est quoi ? »
« On a gravé un sapin dessus. »
« Ah ? non. »



À la réflexion, ce qui me plaît dans le thème de la Nativité, c’est que Jésus a l’air d’un vrai petit décroissant. Il naît dans une étable (apparemment ses parents ne sont pas épouvantés par la réduction du nombre de lits dans les maternités de campagne). Il ne fait pas tout un foin parce qu’on a oublié sa baby-shower. Un âne lui tient lieu de grenouillère. Bref, si son type d’enfance me paraît un peu exigeant, c’est du moins un bon exemple à retourner à nos enfants quand ils nous bassinent avec la PS3.
« Jésus, il jouait avec ses mains ! »



Alors autant dire que le Noël version 2014 dans mon Monoprix, c’est une autre affaire. Pour tout dire, j’avais tout à fait oublié que nous étions entrés dans cette phase à haut risque de l’année civile qui débute le 15 novembre. J’aurais dû me douter pourtant que la diffusion de Petit Papa Noël en swahili par la mairie de Fontainebleau présageait un certain nombre de niaiseries dégoulinantes. Mais je n’ai vraiment pris conscience de l’ampleur de la catastrophe que le 5 décembre, en allant acheter un pot de moutarde à l’estragon chez Monop. Le rayon maquillage-cosmétiques du magasin était devenu un champ de ruines.
Pour célébrer dignement la renaissance de son chiffre d’affaires, le groupe s’est en effet senti obligé de faire appel à un styliste (je suppose qu’on appelle ça comme ça) qui a relooké toute la gamme literie-pyjamas avec des feux d’artifices. Déjà, ça sent l’embrouille. Vais-je vraiment encourager l’esprit de tolérance et de partage en infligeant à mes invités la vision de chaussons en cours d’explosion ? Non, je ne crois pas.


Pas donné ce truc atroce


Cinq mètres plus loin une dame espagnole hurle dans son téléphone (elle est enrhumée, elle n’entend pas bien). « Tu as acheté ton sapin ? Non, j’ai pas entendu, tu as acheté ton sapin ? Comment ça, non ? Qu’est-ce que tu attends ? C’est Noël, merde ! »
Ah mais oui, c’est Noël, donc après avoir passé l’année à se soumettre à des diktats sociaux débiles (dire bonjour au conducteur du bus, participer à des conversations sur les verrines d’apéritif, faire les soldes etc), il faut se soumettre à la règle la plus suprêmement absurde : tronçonner un pauvre arbre pour décorer son pavillon Phénix. Sûr que ça fait avancer la paix dans le monde et l’esprit de charité.
Moutarde en main, je me dirige vers la Poste pour envoyer un message recommandé à l’Inspection générale. Sur le mur, une affiche 3×5 m’invite à prendre conscience de mes obligations vis-à-vis de ma progéniture-mes cousins-mes collègues : « Il est plus que temps d’offrir l’iPhone 6 ! Soyez Noël ! »



Ah ben oui, c’est con, je n’y avais pas pensé : l’iPhone 6. Si Jésus avait eu un iPhone 6 dans son étable, il aurait trouvé le temps moins long. Et puis, soyons sérieux : à défaut de faire plaisir à mes collègues, je devrais me dévouer pour faire le bonheur d’Apple, une entreprise qui a besoin de moi pour faire du bien à l’humanité.
Dans la rue, c’est le même cinéma : la bûche de Noël (en chocolat pur belge) – l’étoile de Noël – les roses de Noël – les sorties au musée de Noël – le slim de Noël – la quincaillerie de Noël (ah oui, la Foirfouille a aussi le droit de nous faire rêver) – les macarons de Noël – et, bien sûr, l’inénarrable forfait téléphonique de Noël.
Je vais commencer à me douter qu’on essaye de me vendre un truc.
Parfois, j’ai des occasions de regretter de ne pas davantage participer aux rites sociaux les plus répandus : je n’aurai aucune anecdote de repas de famille à raconter, je ne présenterai pas mon jules à mes cousins, on ne m’offrira pas de kit Mains sublimes.
Par contre j’éprouve une immense sérénité à l’idée de ne pas financer les délires des multinationales, et de ne pas passer les journées du 26 à éliminer de mon appart des résidus de boîtes en carton.

Dommage, ça aurait plu au chat.


2 commentaire:

  1. Un peu de réflexion dans cette bulle de Noël ... http://amnesiecollective.blogspot.fr/

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    1. J'allais dire, c'est le moment ou jamais, mais l'activité peu intense sur Internet en ce moment prouve plutôt le contraire... Merci pour le lien vers le blog.

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