vendredi, décembre 26, 2014

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Mémé fait le djihad



Depuis quelques mois, l’Etat islamique – alias Daech – est au cœur de toutes les préoccupations. Il faut dire qu’ils n’ont pas l’air bien sympas. Meurtres, viols, rapts d’adolescente, vidéos crétines postées sur Internet : on a beau leur chercher des excuses, ils ne nous aident pas beaucoup.
Pourtant, dans la poitrine de chaque djihadiste, il y a un petit cœur qui bat. Même quand il déboule dans son 4×4 pour mettre au pillage un village kurde qui ne lui a rien demandé, il a un côté attachant : c’est au fond un grand enfant qui reste fidèle à des choses simples. La popote avec les copains. Les conversations taquines avec la petite esclave de treize ans. Son iPod (essentiel pendant les longs bivouacs dans des zones sans wifi). Et, bien sûr, Mémé.
On parle peu des mémés de djihadistes (sauf de celle du type roux de Champigny qui s’est mis à décapiter des journalistes après son CAP). C’est dommage, car l’écrivain qui s’attellerait à rendre les impressions d’une vieille dame respectable reconnaissant son petit-fils dans une vidéo de carnage à la télé obtiendrait sans doute un tableau saisissant. La mémé soutenant un jeune homme perclus de dettes et enjôlé par une courtisane est un thème pour Maupassant. La mémé quittant son HLM parce que tout le monde la vanne depuis que Frédéric (@Momo_alMansour sur Twitter) est apparu sur BFMTV, c’est au minimum du Eric Zemmour.



Mais il y a une classe d’individus dont on parle encore moins : ce sont les mémés djihadistes. Phénomène peu connu, mais en pleine expansion.
Marie-Thérèse a 77 ans. Elle habite Fontainebleau, rue Paul Jozon, depuis 1958, année de son mariage avec Raymond. Raymond est mort il y a huit ans. Depuis Marie-Thérèse traîne une morne existence, ponctuée par les dimanches télévisuels de Michel Drucker et les visites de sa fille Patricia, gérante d’un sex-shop à Pontault-Combault.
Surtout la vie de Marie-Thérèse a pris un tour dramatique depuis que les polémiques sur la laïcité ont contaminé les chroniqueurs les plus brillants du PAF et forment l’incontournable des dîners de Noël. En effet, quand elle sort faire ses petites courses, Marie-Thérèse porte un fichu. C’est comme ça depuis soixante ans et elle ne va pas changer à son âge. Surtout qu’en 1960, si elle était sortie en cheveux, Raymond l’aurait bien baffée. Mais il n’en faut pas plus pour exciter contre elle tous les identitaires de Seine-et-Marne. Elle s’est même pris une réflexion, l’autre jour, à la boulangerie : « Madame, en France, la République se vit à visage découvert. » (Il faut dire qu’elle avait la crève et le visage enfoui dans un mouchoir à carreaux ; on aurait donc pu la prendre, de loin, pour une racaille d’Avon grimée en vieille femme.)



Cet engrenage a culminé il y a six mois, lorsque Marie-Thérèse a été contactée sur sa messagerie électronique par un certain Tariq Abdallah al-Melouni, qui lui proposait de rejoindre la Terre du Salut. Elle a craint un instant qu’il ne s’agisse du représentant d’une maison de retraite, commandité par Patricia. Mais elle a vite compris que Tariq Abdallah était un type bien. Au lieu de tenter de l’arnaquer pour lui vendre huit cents kilos de bâtonnets de poisson surgelé, il lui promettait monts et merveilles : une retraite revalorisée, des bons d’achat chez Leclerc, des fonctionnaires pour mettre de l’ordre au pied de son immeuble, du respect pour les gens âgés. Purement et simplement le programme de Marine.
Mais il y avait une condition tout de même.
Venir en Syrie prendre le contrôle d’une brigade.
Marie-Thérèse n’a pas réfléchi longtemps. Sincèrement, la vie de vieille veuve à Fontainebleau, avec toutes ces petites pestes qui encombrent les rues et les programmes calamiteux de la télé publique, ça commençait à lui peser. Et puis, reconnaissons-le, Lamartine et Pierre Viansson-Ponté avaient raison :
LA FRANCE S’ENNUIE.



Faire le coup de feu chez les Syriens, ça correspondait nettement plus à son caractère pétulant, dont Raymond avait fait les frais.
Dix jours plus tard, Marie-Thérèse était dotée d’un nouveau passeport et d’une nouvelle identité : Marziyeh al-Jozouni. L’histoire allait bientôt la connaître sous le sobriquet, plus évocateur, de Dépeceuse d’infidèles. Elle avait troqué son fichu contre un niqab, moins pratique pour prendre le bus (et l’ascenseur : toujours le risque de rester coincée entre deux étages), mais qui lui permettait de sortir du Monoprix en embarquant dans ses chaussettes quelques extras de saumon fumé.  Tariq Abdallah al-Melouni, devenu entretemps émir de Champagne sur-Seine, lui avait envoyé ses billets : le 22 mars, elle était à Alep.
On dispose depuis de peu d’informations fiables. Marie-Thérèse s’est comme évanouie dans la nature. Certains spécialistes très savants, consultés régulièrement sur les plateaux de TF1, pensent qu’elle est à l’origine d’un changement de tactique complet de la part de Daech : l’organisation terroriste était en effet prête à rendre les armes, suite à l’intervention de la France dans la coalition, mais Marie-Thérèse, huitième épouse de Tariq Abdallah al-Melouni, les aurait encouragés à reprendre la lutte et à massacrer sans pitié les infidèles. On croit la reconnaître sur une vidéo insoutenable où elle lapide une brebis adultère. On assure, enfin, qu’elle aurait pris des contacts à Istanbul pour y restaurer le califat – le vrai, pas cette mômerie d’al-Baghdadi.
Marie-Thérèse, c’est la terreur des services de renseignement.
C’est la femme la plus recherchée du Moyen-Orient.
On la soupçonne d’avoir participé à cent vingt exécutions sommaires, d’avoir trempé dans la rédaction d’une ébauche de Code civil interdisant aux femmes mariées d’assister aux compétitions masculines de patinage artistique, et d’être derrière la chaîne YouTube Lil’Grammy (500 000 abonnés) abreuvant les internautes de vidéos de chats lisant le Coran.



Marie-Thérèse est partout.
Pensez-y la prochaine fois que vous croisez une mémé au Franprix.

Vous ne savez pas ce qu’elle cache dans les replis de sa jupe.

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