lundi, décembre 29, 2014

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Ovide, ou la Roman Touch Seduction



Le Nouvel An approche et on ne peut pas dire que l’ambiance soit torride dans les chaumières françaises. Entre Daech et le retour de Nicolas Sarkozy, on ne sait plus à quel démon se vouer. Il nous importe, pourtant, de préparer les célébrations de la Saint-Sylvestre dans une ambiance saine, décontractée et, bien sûr, SÉDUISANTE.
Qui ne connaît pas le célèbre site FrenchTouchSeduction ? C’est là, jeunes hommes, que vous trouverez tous les conseils vous permettant d’aborder la soirée avec efficacité : des objectifs clairs, une tactique imparable – vous ne risquez pas de finir chez vous seul et à moitié bourré, avec des souvenirs vagues d’un karaoké sur la BO de La Reine des neiges.
Mais cette Bible ne saurait concurrencer le véritable expert en la matière, j’ai nommé Ovide. De toute évidence, le site, dans son raffinement et sa variété d’approches, est allée chercher à la meilleure des sources, L’art d’aimer. Et nous allons découvrir ensemble que dans le domaine de la chope, rien n’a changé depuis 2000 ans.
Entrons maintenant dans les différents temps de la formation du séducteur.

Point n°1 : les femmes, toutes des chaudasses
Ovide est le premier à le révéler, et depuis toute une tradition d’auteurs pleins de sagesse l’ont répété : les femmes, elles en veulent, maintenant, et beaucoup. Ce n’est pas parce qu’elles arborent un tee-shirt JMJ 2012 ou une cornette d’infirmière des armées qu’elles échappent à la règle. Ne vous embarrassez donc pas trop de circonvolutions et de demandes de renseignements : « Et sinon, tu vis seule ? » Ovide l’exprime franchement : « Avant tout, que ton esprit soit bien persuadé que toutes les femmes peuvent être prises : tu les prendras. […] Veux-tu la prendre ? Demande. Elle ne désire que cette demande. »[1]



J’insère ici une précision utile, au cas où un agrégé de Lettres classiques viendrait à passer par ici : je  N’AI PAS les références précises des vers, et je pense que tout le monde s’en fiche ; de toute façon je me suis servie de l’édition Librio, d’occasion en plus, donc vraiment ça n’était pas possible, désolée.
Etape suivante : une fois qu’on s’est bien mis en tête que la femme était, par principe, disposée à rendre des services sexuels, il faut attaquer durement. Prise d’assaut, elle ne se rendra pas compte de ce qui lui arrive, et une fois rendue au point intéressant, elle s’apercevra qu’au fond, c’est bien sympa. Ovide en veut pour preuve les Sabines, enlevées par ces coquins de Romains qui s’ennuyaient un peu tout seuls dans leur cité sans femmes : « Comme on voit, devant les aigles, fuir les colombes, troupe très craintive, et, à l’aspect des loups fuir la toute jeune brebis, de même les jeunes filles montrèrent leur crainte devant ces hommes qui se précipitaient contre toutes les lois. »[2] Au début, c’est l’effroi, mais arrivées chez ces messieurs, elles rayonnent ! C’est ça l’amour.




Point n°2 : elles sont un peu stupides, il ne faut pas hésiter à en jouer
Soyons sérieux : qui a déjà vu une femme produire une œuvre aussi géniale que celle de Booba ? Considérez-les donc pour ce qu’elles sont, de gentils petits produits stéréotypés mis à disposition des hommes pour le délassement, et entreprenez-les de manière adéquate.
Déjà, sachons qu’elles tombent dans tous les panneaux qu’on leur tend, pourvu qu’on les baratine sur leur beauté et leur dernière expédition shopping. « Promets hardiment : ce sont les promesses qui entraînent les femmes ; prends tous les dieux à témoin de tes engagements. »[3] La première fois, ça marche, la deuxième fois, ça marche, et toutes les fois suivantes aussi ! Géniales, ces petites poules.
Mais attention, ne lui promets pas n’importe quoi. Ne lui dis pas, par exemple, que la gauche sera au pouvoir en 2017, elle pourrait se méfier. Ni que les tarifs de la SNCF vont baisser de 2,6% au 1er janvier, elle a la télé elle aussi. Promets-lui des choses qui l’intéressent : qu’elle a une coiffure d’enfer (160€), des jambes fuselées, un port de déesse, des yeux captivants – ne lui parle pas de son maquillage, et au fond tu ne t’apercevras sans doute pas qu’elle en a changé. « Il n’est pas difficile d’être cru : toute femme se juge digne d’être aimée ; si laide soit-elle, il n’en est pas qui ne se trouve bien. »[4] Va dans son sens, c’est tout.



Tu peux aussi la manipuler adroitement sur des petites choses de la vie quotidienne, domaine où elle s’entend, mais où sa vanité la conduit parfois dans d’étranges erreurs. Fais-lui croire, par exemple, qu’elle a une prise sur ta vie : « Ce que tu ferais de toi-même, ce que tu crois utile, arrange-toi pour que toujours ton amie te le demande. »[5] Malin ! Tu t’apprêtais à refaire ton living en disposant sur les meubles des statues érotiques représentant des taureaux en compagnie de jeunes vierges : que l’idée vienne d’elle ! Tu veux frauder le fisc : qu’elle te le suggère ! C’est autant de faveurs réelles que tu n’auras pas à concéder.




Point n°3 : attention tout de même, la femme, malgré tous ses chichis, peut être moche
Eh oui, c’est une dure réalité de l’existence, la femme, parfois, est moche. C’est même assez fréquent, car l’endogamie, les accidents de la vie et les grossesses multiples ne sont pas ce qu’on fait de mieux pour créer des physiques à la Praxitèle.
Ovide ne nous dissimule que l’homme, aussi, parfois, est moche. Mais l’homme, dans sa rusticité, plaît. S’il est trop apprêté, on le soupçonnera d’avoir du temps à perdre, d’être un poète, ou pire : « Mais ne va pas friser tes cheveux au petit fer, ni user tes jambes par le frottement de la pierre ponce. Laisse ces soins à ceux qui, par des hurlements dans le mode phrygien, célèbrent la déesse du mont Cybèle. »[6] (En gros, d’être un eunuque ridicule.)
Il incombe donc au séducteur de la Saint Sylvestre de se méfier, s’il ne veut pas tomber dans un piège plus gros que le sien et se retrouver au petit matin dans un lit de 80 centimètres avec l’équivalent juvénile de Susan Boyle. Premier conseil : éviter l’abus de liqueur et l’obscurité complète pour faire son choix parmi les femelles.



« La nuit dissimule les taches et est indulgente à toutes les imperfections ; à ces heures-là, toute femme semble belle. Prends le jour comme conseiller pour juger des pierres précieuses ou de la laine teinte en pourpre ; prends-le comme conseiller pour juger des traits du visage et des lignes du corps. »[7]
On le sait : une robe Sandro a transformé plus d’une mocheté en déesse sculpturale, en Charlotte Casiraghi d’une nuit. Et ces roublardes savent y faire pour embobiner un connaisseur – Ovide, justement les y aide ! Voici quelques conseils adroits à destination des naines : « Si tu es petite, assieds-toi, de peur que debout on ne te croit assise, et étends ta menue personne sur le lit ; même là, couchée, pour que ne puisse juger de ta taille, jette sur toi une robe qui cache tes pieds. »[8]
En même temps, il y a de quoi se méfier : il y a déjà trois quarts d’heure que tu la harcèles pour qu’elle t’accompagne à la station de taxi et elle reste obstinément vissée sur le divan sous un trench Burberry, en prétendant qu’elle a un peu froid aux rotules. Louche.



Des conseils plus spécifiques visent les jeunes femmes qui auraient tendance à se laisser aller : « J’ai été sur le point de vous avertir que la forte odeur du bouc ne devait pas siéger sous vos aisselles et que vos jambes ne devaient pas être hérissées de poils rudes. »[9] Mais surtout, l’erreur fatale, pour celles qui ambitionneraient de rentrer chez elle avec un chevalier servant (aux jambes non polies à la pierre ponce, de préférence), c’est de se bidonner. Déjà, c’est vulgaire. Les blagues sur François Hollande, c’est totalement 2014, aucun intérêt. En plus, si toi, fêtarde avinée, tu t’es gavée de guacamole et de roquette au parmesan, tu risques d’afficher tes dents vertes ! Lucius va partir en courant. Grâce à Ovide, tu disposes heureusement d’une technique te permettant de dissimuler tes imperfections buccales : « Ouvrez modérément la bouche : que les coins soient peu écartés par le rire et que les bords des lèvres ne laissent pas voir le haut des dents. »[10]
J’ai essayé devant un miroir, le rendu est étonnant. Ça permet en tout cas de se donner une contenance quand Julius sort la énième anecdote stupide sur Julie Gayet : « Ah ah, qu’est-ce qu’elle lui trouve à ce gros lourdaud ! Il doit garder son casque quand il la baise ! » - « Hu hu [lèvres soudées à la mâchoire supérieure] décidément Julius tu es un tel boute-en-train ! »

Point n°4 : si tu veux rester avec elle, essaye d’être un peu sympa
Parce que faire durer une histoire au-delà de 6h du matin, ça peut être intéressant, au moins pour voir. Mais si tu rudoies ta dulcinée, elle risque de t’en faire voir elle aussi.
Car les femmes ont leurs méthodes pour étriller les hommes.
L’argent, en particulier. Comme elles sont privées du terrain d’exercice naturel de la puissance virile, à savoir l’accès aux charges publiques (directeur de piscine municipale/chanteur yé-yé/gendarme), elles se rattrapent avec les sous. Et elles ne manqueront pas une occasion de te faire cracher au bassinet. « En vain tu allègueras que tu n’as pas d’argent sur toi ; elle te demandera d’écrire un billet, et tu regretteras de savoir écrire. Que sera-ce lorsque, pour demander des cadeaux, elle a préparé le gâteau comme si c’était son anniversaire, et ramène cet anniversaire toutes les fois qu’elle en a besoin ? »[11]
De ton côté, pour maximiser la fréquence de vos accouplements, pense à la caresser dans le sens du poil (qu’elle n’a pas, puisque, point n°3, elle s’est épilée). Fais tout ce qu’elle veut en même temps qu’elle ; et ce n’est pas toujours très captivant : « Se lève-t-elle, lève-toi ; tant qu’elle reste assise, reste assis ; suivant la volonté de ta maîtresse, sache perdre ton temps. »[12] La saison entière de Orange is the new black risque de te rester un peu sur l’estomac, mais c’est le jeu. Par ailleurs de petites complaisances dans ce genre amènent souvent de bien agréables récompenses : « Si, comme il arrive, il vient à tomber de la poussière sur la poitrine de ta belle, que tes doigts l’enlèvent ; s’il n’y a pas de poussière, enlève tout de même celle qui n’y est pas : tout doit servir de prétexte à tes soins officieux. Le manteau, trop long, traîne-t-il à terre ? Prends-en le bord, et, avec empressement, soulève-le du sol malpropre. Aussitôt, récompense de ton zèle officieux, sans que ta belle puisse s’en fâcher, tes yeux verront des jambes qui en valent la peine. »[13] Dernier point, qui se prête particulièrement à nos températures glaciales et aux nuits gonflantes passées dans la Clio sur la route des vacances au ski : « Souvent aussi, bien que frissonnant toi-même de froid, il te faut réchauffer dans ton sein les mains gelées de ton amie. »[14]



Sois assuré qu’elle en fait sans doute autant pour toi.

Jeune homme, il ne te reste plus qu’à passer à l’action, et les conseils d’Ovide te seront sans doute secourables. N’oublie pas au passage que les femmes d’âge mur restent l’incontournable pour apprendre de nouveaux trucs et se constituer un véritable curriculum de Roman Lover : « Ne t’informe pas de son âge, ni du consul sous lequel elle est née. […] Ces avantages, la nature ne les a pas accordés à la première jeunesse ; ils ne se rencontrent ordinairement que tout de suite après sept lustres[15] révolus. »[16]
Sur ce, bon Réveillon.





[1] Livre I
[2] Livre I
[3] Livre I
[4] Livre I
[5] Livre II
[6] Livre I
[7] Livre I
[8] Livre III
[9] Livre III
[10] Livre III
[11] Livre I
[12] Livre I
[13] Livre I
[14] Livre II
[15] Trente-cinq ans
[16] Livre II

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