dimanche, juin 07, 2015

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À poil à Paris: ça suffit



La chaleur : un vrai problème à Paris.
On pense tout de suite pollution, crasse, hécatombe de personnes âgées. Mais ça n’est pas le problème. Enfin, c’est à la marge.
Le vrai problème, ce sont les collants opaques avec des robes d’été.


Pourquoi?

Revenons aux sources du drame : le chaud.
Contrairement à ce que colporte un a priori tenace, le chaud n’est pas l’inverse thermique du froid : c’est un imaginaire. (À ce propos, voyez ma chronique du 11 février, C'est l'hiver, il fait froid: la littérature nous donne des outils pour comprendre, qui vous enseignera que le froid, loin de se contenter d’exploser vos canalisations pendant que vous êtes au ski, a produit une littérature abondante et essentiellement sibérienne.)
L’imaginaire du chaud, c’est le stupre et les vacances au Cap-Ferret. Il suffit que le thermomètre passe 26°C pour que le moindre benêt de lycée technique se sente encouragé à choper de la meuf. Il n’est pas tellement mieux bâti qu’au mois de janvier, à l’époque où il se dandinait le nez gelé dans sa doudoune pelée, mais la température a décongelé ses hormones mâles. Il est prêt à se reproduire.




À première vue, le chaud, ce n’est pourtant pas ce qu’on fait de plus sexy. Regardez-vous, un instant, dans le miroir de votre conscience, coincés que vous êtes dans un bureau surchauffé, suant et empestant dans votre chemise en synthétique, abattu mollement devant une vidéo Buzzfeed. On en vous confierait pas la représentation de la France à Mister World !
Le chaud développe en effet le développement des pires pathologies morales. La boisson, par exemple. Hein ! la boisson.
Extrait d’une conversation surprise dans un bus (ça n’était pas dur, le type braillait) :
« Ouah, qu’est-ce qu’on va profiter ! Une bouteille de rosé, une assiette de charcute… La vie ! »
    > Le rosé : il faut être clair, c’est NON. C’est dégueu, ça colle des brûlures d’estomac et ça identifie le sudiste à 600 km.
Mais le drame de l’alcoolisme estival n’est rien en comparaison des dérives vestimentaires qu’on observe à partir du mois de mai. Le mal, ici, est indéracinable.
S’il est bien un principe indéracinable du vêtement, c’est qu’en hiver on porte des habits d’hiver, et en été des habits d’été. Sinon, c’est comme les fraises en novembre : on perturbe l’ordre du cosmos et le pire est à attendre. Au XIXe, on change de tenue trois fois par jour. Une dame comme Scarlett O’Hara réfléchit posément avant de choisir sa tenue d’après-midi, et si vous voulez mon avis, ça n’est pas pour rien qu’on a pondu mille pages à son sujet.




Alors, comment justifier l’association burlesque de robes légères, type



Création Jean Delfin: l'art de la couleur

avec




L’impétrante se trouve sciée en deux : elle a boutonné février avec août ! Nul doute que cette faille spatio-temporelle béante devrait bientôt la ravaler.
Mais on constate, par temps chaud, d’autres crimes contre-nature, comme la socquette dans la ballerine




ou le débardeur soutif apparent



Petite info qui a son importance: j'ai récupéré l'image sur un blog de lycéenne

Les touristes, qui affluent sans discontinuer, ne nous épargnent rien en matière de diableries textiles : microshort, top fluo, caleçon rayé, tout y passe.
Et non, cette floraison vénéneuse n’est pas anodine. Elle accroît tout d’abord les maux d’une France à deux vitesses, où une élite de gens stylés côtoie une majorité de gens fringués comme des tas. Enfin, cette débauche augmente dangereusement la masse de laideur présente sur le territoire, déjà excédentaire grâce à la prolifération des zones péri-urbaines.

Alors faisons du bien à Paris, et imitons le style des Iraniennes. Hiver ou été, elles gardent leur fashion attitude.



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