lundi, juillet 20, 2015

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Message personnel au type qui a volé mon vélo




Tu sais, je te comprends.
Du fond de ma souffrance, je te comprends et je t’excuse. Entre deux hurlements sauvages, j’ai une pensée compatissante envers toi.
Tu as beau être une belle ordure, j’entrevois ce que tu as vécu : tu as vu mon vélo, et tu l’as pris. L’éternelle lutte de l’Homme contre la Tentation.
Mais je voudrais juste faire le point. Pourquoi ce vélo-là, cette nuit-là, alors que j’étais partie tranquillou faire un concert de chant orthodoxe à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire ? Pourquoi en profiter pour conchier ma cage d’escalier, de manière à dresser tous mes voisins contre moi ? POURQUOI, NOM DE DIEU ?


Et puis arrête, n’essaie pas de me faire croire qu’au fin fond de la Seine-et-Marne, entre deux champs de betteraves et un silo à blé, le moyen de transport qui t’est le plus indispensable est un vélo entrée de gamme de chez Décathlon. Tu as le bus, mon chou. Le Conseil général n’est pas composé que de grosses feignasses, il t’a mis un bus (orange) (et cadencé) à disposition. PRENDS-LE.
Je sais, les cours sont finis, le bac est passé, tu t’ennuies. J’ai bien vu qu’hier avec tes copines tu essayais d’escalader l’échafaudage du voisin à trois heures du mat’. Je comprends, on a tous été jeunes, le ciné coûte cher, la rentrée à la fac d’Evry semble bien loin. Mais là aussi, on peut en parler : les livres, la rando, le bénévolat auprès des sans-logis, sont peut-être autant de solutions à ton problème. Plus, en tout cas, que de faire des rodéos sur le parking du Carrefour avec mon biclou amoché. Parce que oui, chaton, tu ne t’en es peut-être pas rendu compte, dans l’enthousiasme du moment, mais il est cassé, le vélo, en plus. CASSÉ. Ce qui veut dire que tu as dû faire trente mètres et l’abandonner dans le canal du Loing.
En plus, ce ne sont pas les trucs à voler qui manquent. Je dirais même que le monde en est plein. Et ces trucs se subdivisent en trois catégories : ceux qui ne manqueront à personne, ceux auxquels on est très attaché (=mon vélo), et les objets de statut intermédiaire, comme les smartphones, les abonnements fitness et la carte de visite de son banquier.
Tu aurais pu voler un truc qui ne manque à personne. Le bouquin de Mélanie Georgiades, par exemple.



Ou bien un Tamagoshi.
Une lampe biorythmée de chez Nature et Découvertes.


Vous avez cette tête-là à 7h30? Moi, non.

Un paquet de copies oubliées dans un tiroir.
Une cuillère-souvenir de Notre-Dame de Lourdes.

Ou bien tu aurais pu jouer dans la cour des grands. Les entrepreneurs chinois qui font main basse sur les richesses agricoles et minières de l’Afrique pour une bouchée de pain. Les exilés fiscaux. Les grands hommes qui se font élire pour conserver leurs prébendes. Il y a des choses à faire en ce monde, quand on s’y met sérieusement.
Je t’entends d’ici, tu me sussures que les biens matériels sont peu de choses. Et c’est vrai. Nous sommes intoxiqués par ces bricoles qui saturent notre vie, spirituellement si indigente. (Saint Benoît, coucou) Le dénuement, voilà l’avenir ! Bien d’accord. De toute façon, ce n’est pas avec la crise, le réchauffement climatique, la transition démographique et tout le reste qu’on va pouvoir continuer longtemps à s’acheter du matos électronique dernier cri. Mais il y a quelques petites choses avec lesquelles il ne faut pas plaisanter.

>  La carte Vitale.
On ne la présente plus.




L'imaginaire flippant de la Caisse primaire d'Assurance maladie


>  Le PC poids plume.
Indispensable pour travailler/lire/suivre l’actu/écrire des chroniques/faire des recherches idiotes dans Google Images/mettre un peu de musique/enregistrer les 2500 photos de mon voyage dans le Loiret. Tu n’y TOUCHES PAS.

>  Le passeport.
Le rendez-vous à la Préfecture du 15e avec l’extrait de naissance de son arrière-grand-mère, c’est sympa deux minutes, mais on verra dans huit ans. Ok ?

>  Le vélo.
J’ai vécu plus de trucs en un week-end avec ce vélo que tu n’en rêveras dans toute ta vie de plouc crasseux. Ce n’est pas compliqué : ce vélo, il a une âme. Toi, tu n’en as pas. Alors tu le laisses et tu retournes réviser les rattrapages. Maintenant.

Il vaut mieux que je te le dise. Je suis passée voir les reliques de Saint Benoît. Le type n’est pas du tout content. Alors pour aujourd’hui ça va, profite bien, mais quand tu trépasseras, attends-toi au pire. Vraiment.  

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