samedi, décembre 30, 2017

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Piégées dans un sauna nudiste



Parfois, un aphorisme bien creux entraîne les plus grandes catastrophes.
C'est même trop fréquent – et j'en profite pour alerter le lecteur naïf contre les images cucul de chats que de temps en temps il relaie sur les réseaux sociaux. Les chats ne sont pas le problème. Je ne vois d'ailleurs pas le mal qu'il y aurait à diffuser des photos de chats, ça enchante le quotidien, nous sommes tous d'accord. Mais parfois, derrière, ou plutôt à côté de la photo de chat, il y a un aphorisme débile, du type « Souvent on communique mieux avec les animaux qu'avec les humains », « Mieux vaut être seul que mal accompagné », « Il y a des gens avec qui il vaut mieux se fâcher ».
Je sais, ces contenus, parfois, nous les avons pensés, ils nous paraissent inoffensifs. Alors que non. Diffusés à vaste échelle, ils contribuent à faire du monde ce chaos lugubre que nous connaissons. Chacun, en partageant un aphorisme débile, même accompagné d'une photo de chouette craquante, doit être conscient de la responsabilité qu'il endosse. Car une personnalité fragile, mise au contact d'un aphorisme débile enveloppé dans le plumage duveté d'une bébé chouette, pourra basculer du côté obscur et cesser toute interaction sociale au profit de son border collie. 



On imagine bien où ça va la mener : à troller les publications de ses amis virtuels et à diffuser encore plus d'aphorismes débiles, dans une tentative désespérée et névrotique de leur imposer sa vision du monde chiante. C'est ce que Vice, publication de grande qualité, appelle la viralité négative : « Ces statuts, JPGs et autres contenus partageables qui prennent la forme d'un coup de gueule, sont les symptômes d'une nouvelle rhétorique parano ; un discours désillusionné et illusoire qui a su malicieusement toucher et séduire une grande partie de la population. Vous trouverez ces proclamations disséminées un peu partout sur votre fil d'actualité Facebook, placardées sur Twitter, comme un Post-it rédigé par un psychopathe, infestant votre page d'accueil Instagram comme un cadavre oublié au fond d'un bus. Ils sont moches et stupides, hystériques et étrangement banals. »1



Je me rends compte que nous nous égarons, que vous êtes venus sur cet article parce qu'il était question d'un sauna nudiste, et certainement pas pour me lire pontifier sur les contenus viraux négatifs, quand bien même je souhaite la mort à toutes les personnes qui contribuent à la diffusion de cette peste. Il n'est pas trop tard, en tout cas, si vous n'avez pas décroché: il va être question d'un sauna nudiste, et avec un grand luxe de détails par dessus le marché.
Enfin tout est effectivement parti d'un aphorisme bien creux : « Pendant les vacances d'hiver, il faut assumer que c'est l'hiver. » Plutôt que de choisir une destination lointaine, ensoleillée et exotique, qui nous exposerait au retour à de très douloureuses semaines de réadaptation, autant aller directement se geler les miches dans une destination glaciale. Pari tenu ! C'est comme ça que nous avons choisi la

BELGIQUE.



Curieux, non ? et plein d'audace.
30 décembre 2016, Gand. Une brume glaciale nimbe nos deux héroïnes, que nous baptiserons par commodité « moi » et « elle », ou plutôt « moi » et « Pétronille », car « elle » pourrait prêter à de fatigantes confusions avec tous les objets de genre féminin que nous rencontrerons dans cette narration. Cette brume nous nimbe même si bien que nous commençons à nous dissoudre avec elle et à maudire intérieurement le débile qui a propagé l'aphorisme sur l'hiver jusque sur nos écrans.
Gand a disparu depuis 16h45 dans son manteau de nuit et la balade a quelque peu perdu de son charme, d'autant que ne restent d'ouverts, en cette veille de Saint Sylvestre, que les kebabs turcs les plus moches. Je sens, au fond de mes poches, mes mains se transformer en pain de glace. Une sourde irritation monte.
Au coin d'un kebab turc particulièrement sordide, une fenêtre à volutes laisse sourdre un peu de lumière. Un troquet, peut-être, c'est-à-dire la salvation.
Surtout, troquet ou maison particulière, c'est d'abord une villa Art nouveau.
Personne ne peut aller en Belgique sans y apprécier un peu l'Art nouveau, ce serait tout bonnement débile et non cautionnable. Il y en a littéralement à tous les coins de rue, à croire que le pays entier a surgi au tournant du XXe siècle, d'ailleurs en fait c'est assez possible, qu'y avait-il avant ?
Je suis pour ma part tout à fait favorable à l'Art nouveau et j'en profite pour caser une photo de cette très belle broche Art nouveau que Pétronille m'a offerte pour Noël et qui me plonge dans le ravissement.


Merci Pétronille! C'est aux vrais cadeaux qu'on reconnaît les vrais amis, pas ceux qui disparaissent au tournant... No comment... Partage si toi aussi tu penses que c'est vrai...

Ce soir-là, donc, Pétronille et moi-même sentons bien que prendre un thé dans un salon Art nouveau serait très nettement ce qui pourrait nous arriver de mieux, et nous nous collons le nez à la porte dans l'espoir d'entendre la rumeur d'une conversation. Au lieu de cela, une plaque :
SAUNA AZUR
« Ah ben tiens, ce n'est pas un café. C'est ballot. »
Certes, mais personne n'a dit qu'il était interdit de pénétrer dans un sauna pour y boire un verre d'eau. Pétronille, qui fait mine d'adorer la brume glaciale mais que ça gonfle autant que moi, est la première à se précipiter, sous prétexte qu' « on verra bien s'ils font du thé ».
Et le comique est qu'ils en font.
Mais silencieusement.
Le sauna Azur est silencieux car c'est un sauna zen et que les cris de putois de deux égarées qui se réchauffent ne sont pas à même de préserver l'atmosphère de zénitude préconisée par la direction.
Ce zen a effectivement imprégné l'Art nouveau, ce qui n'est d'ailleurs pas tout à fait inédit puisque, comme tout le monde le sait, l'Art nouveau s'est lui-même beaucoup imprégné du Japon. J'en veux pour preuve ces superbes kimonos Art nouveau qui nous prouvent, s'il en était besoin, que nos tenues d'intérieur ont dégringolé depuis longtemps dans les tréfonds de la hideur. 


Plus classe que ton pyj, ma grande

Pour conserver l'ambiance zen, donc, les employés du sauna Azur, qui est aussi un café, s'interdisent de brailler, de se prendre les pieds dans le tapis ou de lancer à la cantonade des inepties du type : « Trois cafés pour la 7 ! » ou « Faites marcher les langoustines ! » Et c'est un vrai bonheur des oreilles. J'aurais bien casé ici une digression sur l'instinct gueulard des garçons de café parisiens mais a priori cela n'intéresse personne et il est plus que temps d'en venir au cœur de l'action.
Je ne sais comment cela s'est fait, sous l'impulsion de Pétronille ou sous la mienne, mais en tout cas la décision de s'échouer une heure ou deux au sauna Azur est prise rapidement. L'employée de l'accueil, dans une attitude très détachée et très zen, nous alerte toutefois :
« Ici, c'est un sauna nordique. »
Je ne me suis jamais vraiment représenté le sauna comme une pratique amérindienne et je me demande pendant dix secondes si elle nous prend pour des manches.
Mais non, car elle insiste : « Vous savez ce que c'est qu'un sauna nordique ? »
De l'index elle oriente notre regard.



Pétronille balaie l'avertissement : « Aucun souci ! » Trop forte : elle me dispense de le dire. De toute façon cette manie très française de refuser la nudité et de se comporter malgré tout comme d'infâmes pervers n'est pas cohérente, plus on cache plus on refoule, c'est très clair. Nous, nous n'avons rien à cacher, car nous sommes des cœurs purs, je crois qu'il n'y a pas lieu de tergiverser là-dessus.
Nudité, c'est un fait, mais il est hors de question en revanche que je me sépare de la croix en argent et perles fines que je viens d'acheter chez un antiquaire au coin de la rue et qui est une pure merveille. Pas une merveille Art nouveau, hélas, car dans ce cas mes maigres appointements n'y auraient pas suffi, mais une copie merveilleuse et c'est donc tout comme. Nos voisins nordiques ou belges, quels qu'y soient, n'y verront que du feu, si tant est qu'ils nous discernent dans cette brume zen et bouillante.
Rappel de la dame : « Il est interdit de parler dans toutes les pièces du sauna – sauf le café, où vous ne reviendrez qu'à la fin. »
C'est donc dans le plus grand recueillement que nous nous enveloppons dans nos peignoirs, au milieu d'un fatras Art nouveau qui en temps ordinaire nous aurait fait brailler sans retenue : « Regarde cette lampe ! ce vase ! cette chauffeuse ! ». Devant les dames nordiques qui nous entourent et que je trouve, finalement, assez modestement couvertes, je fais tout de même en sorte que la croix en argent soit très visible. Pas elles qui auraient un truc aussi classe, les sagouines. On sait comme ils sont, les Nordiques : hygge, mouffles et compagnie. Heureusement que Mads Mikkelsen rattrape cette cata.
A la sortie, la dame zen nous colle un dépliant sous les narines : il convient de respecter, à l'intérieur du sauna, un strict parcours hygiénique et spirituel. Pas question, en effet, de tremper des orteils sales dans une vasque méditative. Un maître des bains, sorte de bonze obèse appointé à cet effet, vérifiera que nous nous conformons à cette charte, sans quoi il nous aplatira au sol et la soirée sera gâchée.
« Ok », opinons-nous de concert.
Je dois noter que Pétronille est particulièrement enthousiaste à l'idée de pénétrer dans le sauna, mais ce n'est pas qu'elle ait hâte de se mettre à poil, ou en tout cas je ne pense pas sans quoi elle le ferait plus régulièrement, c'est qu'elle a repéré le bain à bulles. Il faut dire qu'avec l'augmentation en flèche des tarifs de l'Aquaboulevard de la porte de Sèvres il n'y a plus moyen de se carrer tranquillement dans un bain à bulles à Paris. Pétronille, donc, se précipite et m'abandonne dans les douches, en proie au plus vif désarroi.
Car on a beau se figurer qu'on affrontera le sauna nordique en rigolant, c'est une autre affaire que d'y être. A droite, un type nu, à gauche, un type nu, et qui plus est parfois le type nu est flanqué d'une dame nue qui elle aussi s'étrille et s'ébouillante comme si ce comportement, nudité et étrillage, était convenable dans l'espace public. Le type nu de la gauche ayant achevé de se nettoyer, il se dirige vers un bassin où il s'asseoit, toujours nu, à même la margelle, au vu et au su de tous et notamment d'un Japonais tout aussi nu. Tout ce beau monde se trempe les orteils dans l'eau tiède car, je me le rappelle d'un coup, la dame zen nous a alertées sur l'importance de la préparation aux hautes températures : « Vous ne pouvez pas passer directement d'un froid glacial à une température très élevée, votre corps ne le supportera pas. »
J'aimerais bien la voir le jour où le dérèglement climatique aura pris le dessus, on verra si elle fera la fière.
Je m'aperçois qu'entre le Japonais et un probable Nordique, Pétronille s'est assise à l'aise et se met elle aussi les orteils à température. Dans toute cette nudité, personne ne songe à échanger une parole, alors que cela contribuerait sans doute à dissiper un peu le malaise de la situation : « Et donc au Japon vous votez fréquemment pour le parti conservateur ? », « Quel est actuellement le statut de la femme dans les sociétés nordiques ? »
Rien de tout cela, Japonais, hommes du Nord et Pétronille fixent leurs orteils ou méditent, comme cela est recommandé par le dépliant, et il semblerait hélas qu'il n'y ait rien de mieux à faire.
Je ne suis pas arrivée depuis six secondes à cette sinistre conclusion que d'une cabine en bois située dans notre dos surgit une colonne dense de fumée brûlante. A peine s'est-elle dissipée qu'une forme énorme et vaguement humaine se dessine : de sa main gauche elle tient un fouet de branchages, de l'autre elle nous fait signe d'entrer. Pas trop possible de résister à ce style d'invite, et d'ailleurs toute la petite bande, convenablement réchauffée du pied, se dirige à la queue-leu-leu dans la cabine. J'hésite, mais la forme humaine fronce un sourcil. J'éclabousse au passage. La porte se claque.
A l'intérieur de la cabine, toutes sortes de gens nus, hommes, femmes, formes se sont éparpillés sur des marches. Je crois bien qu'en temps ordinaire, sous tous ces corps accumulés, les marches de bois craqueraient, mais en présence de la forme humaine, que j'ai enfin identifiée comme étant le maître des bains, elles évitent bien de la ramener. Silence donc, et plus que zen : sépulcral.
Cela toutefois jusqu'à ce que le maître des bains entame son prêche trilingue sur le rituel nordique du sauna : nous allons l'admirer, en nous taisant, jeter successivement sur les braises de l'essence d'acacia, de trèfle et de menthe. Si nous survivons à l'inhalation de ces fumées bouillantes, nous serons purifiés physiquement et mentalement pendant les cinq heures à venir. « Si vous avez trop chaud toutefois, n'hésitez pas à sortir. »
Quelque chose me dit que ce serait vraiment la grosse honte de sortir avant le terme devant tous ces Nordiques accoutumés, mais cette histoire de braise me questionne. Est-ce qu'on est bien sûrs de l'innocuité de ce traitement ? Je ne connais personne qui soit revenu d'un sauna nudiste en racontant qu'il a assisté à un décès, mais à vrai dire je ne connais personne non plus qui soit déjà entré dans un sauna nudiste. C'est peut-être lié. Par dessus le marché, le maître des bains a tout à fait le physique d'un individu capable de faire disparaître un corps dans l'Escaut. Le temps que je me fasse ces réflexions, il a inondé d'essence d'acacia les braises déjà rouges et je me rends compte que la croix en argent, portée à incandescence, a commencé à imprimer sur ma gorge une marque tout à fait christique.
Un peu con, cette histoire de croix.
Pour dissimuler mon malheur, je bombe le dos et fait mine de fixer les fentes du plancher avec intensité, comme si j'y avais perdu un billet de 50. La croix, ainsi, pendouille dans le vide et m'évite d'étonnants stigmates – et surtout, comme je le redécouvre à cette occasion, l'air chaud ayant tendance à s'élever, il est encore possible au ras du sol de respirer quelque chose qui ressemble à de l'oxygène.
Un coup d'oeil à la dérobée me rassure : Pétronille est toujours en vie et, le dos appuyé à la paroi comme une Nordique qui se serait adonnée à ce passe-temps toute sa vie, elle a l'air de s'éclater.
Je retourne à mes fentes.
Maître des bains trouvant notre supplice incomplet, il agite au-dessus des braises parfumées son fouet de branchages. Au moins, à première vue, il ne nous l'appliquera pas dans la gueule. En peu de temps tout disparaît dans une brume odoriférante et, très évidemment, mortifère. J'hésite : faut-il sauter sur une marche et saisir Pétronille pour la tirer de cette souricière ? Impossible : dans ce brouillard opaque tous les corps se ressemblent et une erreur est vite arrivée, je ne voudrais pas saisir à la place de son bras la jambe velue d'un Norvégien. Ces gens ont ravagé la France sous Charles le Chauve.
Maître des bains asperge l'air de rien les braises furibondes de son huile de trèfle, la fumée s'épaissit encore. Le moment est peut-être venu : je me plaque au sol, rampe sur 80 centimètres et hop ! ma main alerte active la clenche, je m'éjecte, la porte se referme. Qu'ils se débrouillent avec leur huile de menthe, il y a vraiment des dingos partout.
Plus personne à l'extérieur de la cabine, c'est peut-être l'occasion d'explorer les alentours. Le sauna est construit à l'entour d'une cour centrale, qui est très sympathiquement pourvue de fenêtres arrondies et autres commodités Art nouveau de ce genre. Seul souci : il y fait trois degrés. Mais l'attrait des chaises longues et du glouglou discret de la fontaine Art nouveau est si vif que je retourne chercher mon peignoir. Trois belles minutes de rêverie s'ouvrent à moi.
Ah, l'Art nouveau... Tant de belles dames ont dû séjourner ici. Car, osons le dire, il y a eu dans l'histoire de la mode et des arts décoratifs des périodes bénies que nous ne reverrons plus. Qui sont donc les couturiers belges de cette époque ? Elles allaient peut-être à Paris s'habiller chez Worth ou chez les sœurs Paquin ou même chez...


Très belle expo au musée Galliera, un grand merci à toute l'équipe

Il suffit parfois d'un seul Norvégien pour dissiper une foule de visions enchanteresses. A peine le temps de sortir de mon peignoir une face éberluée et voici qu'un colosse – peut-être celui que j'ai craint de précipiter tout à l'heure au bas des marches de la cabine – claque la porte, traverse la cour en trois enjambées et avisant la fontaine à trois degrés, saute dedans avec une espèce de férocité aveugle. Je recule épouvantée et tente de me confondre avec la chaise longue : après avoir pillé les monastères des bords de Seine je ne vois pas comment ce type hésiterait à me piétiner comme un furieux. Mais non : il a repéré un seau d'eau rempli à ras-bord, qu'un mécanisme astucieux relie à la fontaine. Un regard de fou s'allume dans ses yeux clairs : il saisit la cordelette accrochée à la droite du seau, la tire d'un coup sec et se prend d'un seul coup sur le crâne sept litres de flotte congelée. Sans la règle du silence, je crois bien qu'il se marrerait, le dingue. Et il fume !
Comme tous ses petits acolytes qui sortent, hommes et femmes, de la cabine et se précipitent eux aussi dans la fontaine comme si c'était un comportement chrétien. Ils fument et s'inondent d'eau glaciale, avant de tous refluer dans l'intérieur du sauna, pour recommencer leur petit rituel, douche, pieds, chaleur et seau d'eau sur la tête. Des barges.
Par précaution je décide de les suivre. Maître des bains s'est dissipé, plus trace de Pétronille dans la cabine : serait-il qu'elle a fondu ? Pas du tout, elle est dans le bain à bulles. Comme elle est seule je sussure : « Non mais tu as vu ces types à poil ?! » Non, elle n'a rien vu : contrairement à moi elle a ôté ses lentilles et elle évolue dans ces lieux avec une douce inconscience. Du Maître des bains même elle ne sait rien. En revanche elle condamne très sévèrement ma fuite : « Tu aurais dû rester pour la menthe, c'était extraordinaire, j'avais très chaud et très froid à la fois, comme si j'étais une profiterole. » Je veux protester mais elle me fait mine de me taire : elle médite.
Je ne sais ce que c'est que cette manie contemporaine de la méditation, à croire que nous consacrons l'essentiel de notre temps à de l'activité cérébrale. Il n'y a pas six jours, alors que j'expliquais à un type que je voulais me replier dans un monastère, il s'est exclamé : « Ah oui, c'est sympa la méditation ! »
Non. Ce n'est pas sympa. Et dans un monastère on ne médite pas. C'est en Asie qu'on médite dans les monastères et j'ai bien précisé que je voulais aller dans le Gard. Est-ce qu'on pourrait cesser de délirer trois secondes et se concentrer sur nos fondamentaux culturels ? Hein ?
Il ne manquerait plus que par-dessus le marché je me fasse prendre en photo par une nonne alors que je médite dans son verger pour le publier sur mon Instagram dans un salmigondis dégueu : « #hygge #chillingout #peace ».
ÇA SUFFIT.

J'arrache donc Pétronille a son bain à remous et la précipite dans ses fringues. Elle me regarde candide, l'oeil vitreux. Je lui vocifère à l'oreille : « Tu n'en as pas marre de céder au culte de l'image ? Reprends-toi ! »
« Quelle image ? Je ne vois rien ! » Elle se visse des lunettes sur le nez. « Ah mais tiens, qu'est-ce que cette marque de croix sur ton cou ? C'est bizarre, on dirait une vieille sainte à stigmate. »
Il faut croire effectivement que la méditation n'a pas sur moi les meilleurs effets car j'ai l'air, dans le miroir Art nouveau, d'une vieille chouette humide et courroucée. Pétronille se marre : « Tu as gardé ta croix dans le sauna ! C'est vraiment juste histoire de se la raconter ! »
« Se raconter quoi ? Personne n'a rien vu. Personne ne regardait. »
« Tu plaisantes ? Les types n'ont vu que ça. »
« Vu quoi ?
« Ta croix ? »
J'explose : « Parce que tu comprends le norvégien ?! »
Pétronille, pleine de douceur : « Mais ils parlaient français. Il n'y a que des Français ici. »
Devant mes yeux baignés de larmes : « Et un Allemand. Il y avait aussi un Allemand. »
Et ainsi s'acheva notre plongée dans l'univers fascinant du sauna nordique, nudiste et méditatif, de la ville de Gand. Et tout disparut, consoles, miroirs, fenêtres contournées, fontaines chantantes et le Maître des bains sur son petit vélo. Sur ces corps sculpturaux je vous aurais dit plus, mais, chut ! le silence zen prévaut sur tout.
Bonne nuit !


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